Noémie Mazella photographiée par Joanna Dijkstra pour le Hors-série Faust X Paris Fashion Shops

La crise liée à la pandémie de Covid-19 que nous affrontons est sans précédent : elle touche le monde entier et ses répercussions, non seulement sanitaires, mais également économiques se feront sûrement sentir pendant de nombreux mois…

Ce long temps de confinement que nous venons de vivre, s’il était nécessaire pour la sécurité de tous, a coupé la France économique en deux… D’un côté, certaines entreprises ont pu déployer leur voilure pour répondre à des demandes urgentes et croissantes pendant que d’autres ont rentré leurs avirons en attendant des jours meilleurs.

Le secteur de la mode, touché de plein fouet, fait partie de ceux qui ont dû courber l’échine. Objectivement, l’année 2020 s’annonce particulièrement difficile. Le lent redémarrage de l’activité économique en Chine le laisse en tout cas présager.

En France, pendant près de 2 mois, les grossistes ont clos leur showroom et leurs entrepôts, la plupart des commerçants européens ont fermé leurs boutiques. Nous-mêmes avions mis en place des mesures exceptionnelles : si notre plateforme digitale est restée opérationnelle pendant cette période délicate, tout a dû se faire à distance pour préserver la santé de nos équipes. Comme d’autres, nous avons eu recours au chômage partiel et au télétravail…

A l’heure de la réouverture, le problème de surstock touche aussi bien les marques et grossistes que les détaillants puisque, lorsque le confinement a été décrété, tout le stock « printemps/été » était déjà rentré et s’est alors retrouvé immobilisé en raison de l’arrêt brutal de l’activité… Le constat est aujourd’hui sans appel : les boutiques viennent de perdre une saison et la filière est en souffrance. Alors comment rebondir et surmonter cette crise ?

Alain disait que « le pessimisme est d’humeur et l’optimisme de volonté ». Chez Paris Fashion Shops, nous avons choisi notre camp : comme toujours, c’est celui de l’optimisme ! Pourquoi ? Parce que les crises sont révélatrices de valeurs, de talents, d’énergie. Et les acteurs de la filière mode n’en manquent pas !

D’un côté, nous avons le monde des vendeurs. On y trouve des fabricants attentifs, des créateurs imaginatifs et des grossistes remarquables. Et puis, nous avons l’autre monde, celui des acheteurs. Nous y croisons des commerçants indépendants talentueux et courageux. Ils travaillent la mise en valeur des produits, dessinent des espaces, accueillent leurs clients. Ils animent nos centres-villes. Paris Fashion Shops a, depuis sa création, une ambition : mettre en relation ces deux mondes et leur permettre de grandir ensemble grâce à des passerelles numériques et à une logistique inégalable.

Pour surmonter cette crise, la clé de la survie sera, pour tous ces entrepreneurs, l’adaptabilité à ce monde en mutation. Si l’épreuve est de taille, il s’agit là d’une occasion unique pour tous les acteurs de notre écosystème de se réinventer pour être au plus près de leurs clients, d’innover dans la distribution, de nouer des partenariats stratégiques…

En tant que start-up française, l’agilité fait partie de l’ADN de Paris Fashion Shops. Loin de baisser les bras, nous avons mis à profit le temps du confinement pour créer une boîte à outils concrète au service de nos clients (marques, grossistes, comme détaillants) leur permettant de d’envisager rapidement et plus sereinement « l’après ». C’est aussi cela être un partenaire de confiance : répondre toujours présent, même quand le bateau tangue, avec humilité et cohérence.

Le métier de la mode est inscrit en moi. Fabricant et fournisseur pour les boutiques de prêt-à-porter multimarques et indépendantes pendant 20 ans, j’ai constaté à regret, bien avant la pandémie, les difficultés économiques rencontrées par ces mêmes boutiques. Paris Fashion Shops c’est la réponse à la question qui m’a obsédé pendant 20 ans : comment redonner vie à une mode qui s’éteint ? Puis-je faire quelque chose ? Depuis de nombreuses années, les petits commerces souffrent et parfois meurent, étouffés par les grandes enseignes. L’ombre des géants empêche parfois les jeunes pousses de grandir. Nous avons aujourd’hui le pouvoir de changer cette réalité : il ne tient qu’à nous de tirer les leçons de cette crise pour que chacun trouve sa place…

J’y crois. Sincèrement.

Je vais vous raconter une histoire qui en dit long sur la capacité de cette filière à se réinviter, à innover pour la mode.

En 1913, Coco Chanel vient d’arriver à Deauville où la bonne société s’exile pour prendre l’air.  Gabrièle est connue. Son magasin de mode de la rue Cambon à Paris est déjà un succès.  Donc son arrivée à Deauville suscite les curiosités. Et les dames de la belle société s’interrogent : que va encore inventer Gabrielle ? Coco Chanel ne va rien inventer. Elle va innover. Comme d’autres, elle flâne le long des quais. Et regarde les marins à la tâche. Ce sont eux qui vont l’inspirer. Elle va reprendre leur vareuse de pêcheur et la redessiner. Elle va créer de jolies petites marinières en jersey, confortables et élégantes. D’un bleu de travail, elle en fait un article de mode à succès. 

Coco Chanel et bien d’autres sont, d’abord, des pionniers. Ils explorent et bouleversent avec intuition. Derrière leurs audaces, ils entrainent toute une société avec eux. Ils ont fait ce que la mode française est devenue : une certaine idée du beau, une certaine idée de l’art de vivre.

C’est cette même intuition, cette même audace et cette même ambition qui doivent aujourd’hui nous inspirer alors même que nous vivons une crise sans précédent. Je reste profondément optimiste, c’est l’un de mes traits de caractère : les femmes et les hommes auront toujours besoin de rêver, de s’habiller pour exprimer leur personnalité, de “se changer” pour se changer les idées… Et c’est là que chacun d’entre nous, à son niveau, aura son rôle à jouer.

Jacky Z. Chang

Vice-Président de l’IPMode

Fondateur et CEO de Paris Fashion Shops